Cites : de bonnes nouvelles pour les espèces marines, mais…

De retour de onze jours de négociations à Johannesburg, l’association Robin des bois estime «globalement positif» pour la protection des espèces marines le bilan de la Cites (Convention internationale sur le commerce d’espèces sauvages menacées d’extinction).

Mobula japanica

La raie mobula (ici, japanica) se distingue de la raie manta par sa bouche en dessous. La Chine paye très cher ses lamelles branchiales. (Photo : DR)

«La marée passe au vert sauf le Banggaï qui reste au rouge», commente l’association. On commence par la bonne ou la mauvaise nouvelle ? Allez, la grosse déception : le Banggaï. Ce petit poisson-cardinal a une particularité unique : les œufs grandissent dans la bouche du mâle au lieu de dériver au gré des courants, d’où une aire de répartition très restreinte, en Indonésie. Il y est surpêché, avec une forte mortalité lors du transport. Or il est très prisé par les aquariophiles.

«En 2007, les États-Unis avaient proposé de l’inscrire à l’annexe II de la Cites, sans succès, et l’Indonésie avait alors promis des efforts», raconte Charlotte Nithart, qui a représenté Robin des bois en Afrique du Sud.

L’annexe II, dans le jargon de la Cites, consiste à contrôler le commerce international via des permis d’exportation. Le cran au-dessus, l’annexe I, interdit le commerce.

«Presque dix ans après, on en est au même stade. L’Union européenne, qui représente un gros marché pour ce poisson, proposait à nouveau son inscription à l’annexe II, mais elle n’a pas poussé sa proposition, alors qu’il y avait une bonne dynamique pour que ça passe. Pourtant, les pêcheurs locaux étaient pour son inscription, contrôler le commerce protège aussi du braconnage.»

Ils sont fous ces Chinois

Cette bonne dynamique a ainsi permis d’inscrire à l’annexe II de nouvelles espèces de raies et requins. «Les ailerons font l’objet d’un trafic international intense pour le marché asiatique, rappelle Robin des bois. L’animal amputé est le plus souvent rejeté en mer.»

Le requin soyeux (il a la peau lisse), tropical, a vu sa population chuter de 90 % depuis les années 1950 en Atlantique. Sa protection a été actée par 111 voix contre 30. Le requin-renard (il a une longue queue) fait pire : une chute de 99 % en Méditerranée. Ses ailerons se vendent 25 dollars le kg. Son inscription est passée par 108 voix contre 29. Bien sûr, «les opposants historiques aux inscriptions des espèces de requins aux annexes de la Cites sont montés au créneau, en particulier le Japon et l’Islande», rapporte Robin des bois. «Mais leur inscription s’est faite étonnamment sans difficulté», se réjouit Charlotte Nithart.

Les raies mobula rejoignent aussi l’annexe II. Elles ressemblent aux raies Manta, mais avec la bouche en dessous, elles sont pêchées dans quasiment tous les océans (il y en a neuf espèces). La Chine paye très cher leurs lamelles branchiales réputées fortifiantes, entre 290 et 557 dollars US le kg. C’est comme pour les ailerons : «Des charlatans exploitent de vieilles croyances, dénonce Charlotte Nithart. Avec les techniques de pêche et les moyens de diffusion modernes, et la population asiatique qui accède aux moyens d’acheter ces produits, la pression est plus forte.»

L’aquariophilie est dangereuse

Enfin, autres victimes de l’aquariophilie, les nautiles (des coquillages) et la demoiselle de Clarion ont aussi été inscrits en annexe II. La demoiselle est un poisson orangé présent au Mexique et à Clipperton qui se vend jusqu’à 2 000 dollars ! De quoi expliquer l’opposition à son inscription du Vietnam et du Japon, qui profitent de ce commerce. Opposition infructueuse (95 voix pour l’inscription et 21 contre).

L’Union européenne a en revanche renoncé à réclamer l’inscription à l’annexe II de toutes les anguilles, une proposition qui aurait permis de faciliter le contrôle douanier du commerce de l’anguille européenne, qui elle est déjà inscrite. Or une anguille ressemble à une anguille, qu’elle soit asiatique ou européenne.

Solène LE ROUX - © Le Marin - http://www.lemarin.fr/secteurs-activites/environnement/26541-cites-de-bonnes-nouvelles-pour-les-especes-marines-sauf-une

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