Évaluation des stocks de poissons : tout faux depuis 1914 !

Johan Hjort l’avait déjà dit il y a 100 ans ! L’environnement et les interactions entre espèces interviennent bien plus dans le recrutement en poissons que la biomasse du stock de reproducteurs. La soi-disant relation stock-recrutement, si utilisée dans la gestion de la pêche, n’est pas cruciale.

Lf banc poissons reduit 1

C’est ce que montre une étude de scientifiques de l’IRD et de l’Ifremer, clôturant ainsi un siècle de débat.

Le zoologiste norvégien l’avait publié en 1914 mais n’avait pas pu le prouver, faute de données suffisantes, et depuis un siècle la gestion des stocks est fondée sur la théorie opposée. Cette hypothèse a été tant discutée qu’elle a suscité bien des publications scientifiques. Mais l’étude publiée fin décembre 2014 dans la revue Oceanography est sans appel.

Les chercheurs de l’IRD Sète (Philippe Cury et Sarah Figuet) et de l’Ifremer Sète (Jean-Marc Fromentin et Sylvain Bonhommeau) ont épluché les données de 211 stocks de poissons issus du monde entier, un nombre inégalé : pour chaque population, il se vérifie bien que l’abondance du stock de géniteurs n’est pas le facteur déterminant pour le renouvellement de la population. Il ne joue qu’à hauteur de 10 % en moyenne sur les variations du recrutement, qui dépend bien plus de l’environnement et de l’ensemble des espèces en présence.

Un poisson pond des milliers d’œufs par an, avec une mortalité énorme liée aux prédateurs, à la nourriture, au climat. Le recrutement en poissons démersaux ne dépend ainsi qu’à 5 % de l’abondance des géniteurs, contre 9,6 % pour les grands pélagiques et 15,4 % pour les petits pélagiques.

«Il est donc nécessaire d’évoluer rapidement vers des modèles qui intègrent les conditions de l’environnement et les interactions entre espèces dans l’évaluation et la gestion des stocks halieutiques, comme le suggérait déjà Johan Hjort il y a 100 ans», concluent-ils.

© Le Marin - l’hebdomadaire de l’économie maritime

Ajouter un commentaire

Code incorrect ! Essayez à nouveau