Quand le corail meurt, les poissons ne sentent plus le danger

Dans un récif corallien mort, certains poissons ne perçoivent plus la présence de prédateurs... ce qui est quelque peu fâcheux, d'après une étude australienne.

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Récif corallien, dans la Grande Barrière de corail (Lizard Island). © Oona M. Lönnstedt.

Changement climatique oblige, les coraux ont la mort aux trousses. Pourtant, leurs récifs abritent le quart de la biodiversité marine sur Terre ! Que deviendront leurs habitants lorsque ces coraux mourront ? En ce qui concerne les poissons-demoiselles (Pomacentrus amboinensis), ils semblent plutôt mal partis. Leurs bébés sont bien incapables de détecter leurs prédateurs lorsque l'habitat est dégradé ! Un fâcheux contretemps qui fait l'objet d'une étude parue le 11 mai 2016 dans la revue britannique Proceedings of the Royal Society B.

De la même façon qu'Harry Potter devine la présence d’un Détraqueur au sentiment de désespoir qui l’envahit, les poissons ressentent l’arrivée imminente d’un prédateur grâce à des signaux chimiques véhiculés par l’eau. Des signaux de détresse envoyés par un congénère malchanceux, mais aussi des molécules que les prédateurs "transpirent" malgré eux.

Si les poissons perdent leur radar naturel, ils deviennent des proies faciles… et les prédateurs ne se contenteront pas d’avaler leur âme. C’est malheureusement ce qui arrive aux bébés Demoiselles lorsqu’ils sont placés dans un récif corallien mort.

L’habitat dégradé empêche la propagation du signal d’alerte

Exit la splendeur des coraux multicolores, berceaux d’une vie foisonnante. Deux chercheurs (l’une suédoise, l’autre australien) ont placé ces poissons jaune vif dans un environnement lugubre de squelettes de coraux tout englués d’algues.

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Récif corallien mort, constitué d'un amoncellement de squelettes de corail sans vie. © Mark McCormick, James Cook University, Australie.

Ils ont ensuite exposé les poissons à une mixture de leur propre cru : l’odeur d’un prédateur et celle d’un de leurs congénères, mort par euthanasie (pour la science). Tandis que les Demoiselles placés à proximité de coraux en bonne santé réagissent normalement à ces signaux (en fuyant pour sauver leur peau), ceux autour des coraux morts… ne bronchent pas. Leur habitat, dégradé, empêcherait la propagation de l’odeur.

De quelle manière ? Voilà un mystère qui reste à éclaircir. Les chercheurs ont néanmoins leur petite idée sur la question. Oona Lönnstedt, chercheuse à l’Université d’Uppsala (Suède) et coauteur de l’étude, confie à Sciences et Avenir : "Nous croyons que les algues qui recouvrent les coraux morts masquent les signaux d’alerte. En d’autres termes, certains composés produits par les algues pourraient désactiver ces signaux ; les poissons sont donc incapables d’y répondre."

"On avait déjà découvert que les signaux chimiques étaient inactifs dans les récifs coralliens, poursuit la chercheuse. Mais parfois, les poissons choisissent de ne pas répondre aux signaux, bien qu’ils les détectent. Donc ces résultats ont été une nouvelle effroyable, même pour nous." Heureusement, ces poissons, qui fréquentent parfois de tels habitats dégradés, sont capables d’y survivre grâce à d’autres sources d’information, argumentent les scientifiques.

Pomacentrus amboinensis pourrait ainsi s’appuyer sur d’autres espèces proches, comme son cousin le néon demoiselle (P. coelestis). Habitué à ces milieux, il est capable d’y sentir les messages d’alerte : s’il fuit, il est aussi temps pour les Demoiselles de se carapater. Que serait Harry Potter sans ses fidèles alliés?

Valentine Delattre - © Sciences et Avenir - http://www.sciencesetavenir.fr/animaux/animaux-marins/20160511.OBS0244/quand-le-corail-meurt-les-poissons-ne-sentent-plus-le-danger.html

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