Des polluants organiques retrouvés dans les abysses !

Des crustacés prélevés dans des fosses océaniques entre 7.000 et 10.000 mètres de profondeur contiendraient des polluants créés par l’Homme, d’après des chercheurs britanniques.

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Même la fosse des Mariannes, le point le plus profond de la Terre, est polluée. Une pollution organique d'origine humaine, invisible à l'œil nu. © USFWS/Flickr.

La pollution humaine… atteint même les profondeurs insondables des océans. Des chercheurs de l’Université d’Aberdeen, au Royaume-Uni, ont détecté des polluants d’origine humaine dans des fosses de l’océan indopacifique. Ils ont collecté de petits crustacés appelés amphipodes dans la fosse des Kermadec, au large de la Nouvelle-Zélande (jusqu’à 10 kilomètres de profondeur) et dans la fosse des Mariannes.

Située au large de l’Amérique du Sud, cette fosse est officiellement l’endroit le plus profond sur Terre : le plancher océanique y est situé à 11 kilomètres de profondeur. À titre de comparaison, le mont Everest culmine "seulement" à 8 kilomètres d’altitude. Dans ces deux fosses, les amphipodes contiennent de grandes quantités de polluants d’origine humaine, d’après les chercheurs. Ces derniers ont présenté leurs résultats, pas encore publiés, lors d’un colloque à Shangai (en Chine) le 8 juin 2016.

Les polluants en question sont des composés organiques (contenant des atomes de carbone) persistants, donc très difficiles à éliminer. Leur nom : des polybromodiphényléthers (PBDE), des produits chimiques utilisés pour l’extraction pétrolière et pour ignifuger des matières plastiques et des textiles, suspectés d’être des perturbateurs endocriniens. Mais aussi des PCB (polychlorobiphényles), des composés industriels cancérigènes qui servaient à fabriquer du plastique, interdits dans de nombreux pays depuis la fin des années 1970 (en France, leur fabrication et leur utilisation est prohibée depuis 1987).

Or ces polluants ont été retrouvés en grandes quantités. Dans la fosse des Mariannes, les amphipodes contiennent 15 fois plus de PCB que ceux de la fosse des Kermadec, soit "encore plus que les estuaires de deux rivières parmi les plus polluées en Chine, la Rivière aux Perles et le Liao", d’après Alan Jamieson (coauteur de l’étude) sur le site internet de la revue scientifique Nature. La fosse des Kermadec, quant à elle, remporte la palme des PBDE : ses habitants en contiennent 5 fois plus que ceux de la fosse des Mariannes. Une concentration plus élevée que dans les zones côtières de Nouvelle-Zélande, d’après les chercheurs.

"Tout est connecté"

"C’est vraiment surprenant de trouver des polluants aussi profondément dans l’océan et à des concentrations aussi élevées", s’étonne Jeffrey Drazen, chercheur en écologie marine à l’Université d’Hawaii. En 2014, des chercheurs britanniques avaient trouvé des polluants organiques persistants comme des PCB dans des poissons des grands fonds. Mais les chercheurs s’étaient alors arrêtés à 2.000 mètres de profondeur. Cette étude montrerait que "tout est bel et bien connecté" et que l’océan profond ne serait pas épargné par la pollution. Gravité oblige, tout ce qu’on jette à l’eau précipite au fond des océans, analyse Alan Jamieson : "Quand les polluants tombent dans les fosses, ils n’ont nulle part où aller. Alors ils s’accumulent."

Les chercheurs craignent un dérèglement de la "pompe à carbone" naturelle de l’océan : des bactéries qui, en consommant le dioxyde de carbone atmosphérique, contribuent à atténuer le changement climatique. "Si ces activités sont affectées par toute cette pollution des grands fonds, je me demande ce qu’il adviendra du cycle du carbone en général…". Reste maintenant à attendre la publication de l’étude, pour vérifier le bienfondé de ses craintes.

Valentine Delattre - © Sciences et Avenir - http://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/mers-et-oceans/20160621.OBS3112/des-polluants-organiques-retrouves-dans-les-abysses.html

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