Océans. Champs de nodules : des millions de km2 doublement précieux

On pensait que les champs de nodules polymétalliques, ces gigantesques réservoirs de minerais situés à 4 000 mètres de profondeur, étaient dépourvus de biodiversité : il n'en est rien, bien au contraire !

Oceans champs de nodules des millions de km2 doublement precieux

On pensait que les champs de nodules polymétalliques, ces gigantesques réservoirs de minerais situés à 4 000 mètres de profondeur, étaient dépourvus de biodiversité : il n'en est rien ! © Ifremer

Abysses. Le mot a quelque chose d’un peu effrayant. Et pour cause : en grec ancien, il signifie « sans fond ». Et James Cameron a ainsi baptisé le spectaculaire film de science-fiction qu’il a réalisé en 1989.

En langage scientifique, le mot abysse désigne généralement des plaines situées entre 4 000 et 5 000 mètres de profondeur. Lesquelles accueillent une faune particulièrement diversifiée. Y compris – et c’est une surprise – dans les immenses champs de ce qu’on appelle les nodules polymétalliques.

Les nodules polymétalliques, c'est quoi ?

«Ce sont des sortes de gros galets qui agrègent les minerais présents dans l'eau», explique Lénaïck Menot, chercheur au Laboratoire Environnement Profond du Centre Ifremer Bretagne.

Constitués de manganèse, fer, silicium, aluminium ou cobalt, ces nodules sont présents en forte concentration dans l'océan Indien et l'océan Pacifique. Et dans un contexte international de hausse de la demande en métaux, leur intérêt économique est évident.

Tout comme leur dimension écologique. «Jusqu'à présent, la biodiversité associée aux champs de nodules était peu connue, en raison notamment des difficultés d'accès à ces régions profondes. Mais considérant le fort impact qu'une activité minière pourrait avoir sur ces zones, comprendre la distribution des espèces est essentiel.»

Une biodiversité deux fois plus dense dans les zones de nodules

Jusqu’ici, les scientifiques pensaient que l’exploitation de ces champs géologiques ne poserait pas de problème, ceux-ci étaient dépourvus de biodiversité. Mais une équipe scientifique internationale, réunissant des chercheurs français (Ifremer), allemands, belges et portugais, vient de se rendre compte qu’en fait, la vie y est présente, parfois même davantage qu’ailleurs.

Leur étude, publiée le 1er juin dans la revue Scientific Reports de Nature, a été réalisée à la suite d'une campagne en mer à bord du navire océanographique allemand Sonne, dans la zone Clarion-Clipperton, dans le Pacifique (voir encadré). Elle souligne la nécessité de mettre en place des stratégies de préservation de la biodiversité avant d'envisager une quelconque exploitation des plaines abyssales.

Les résultats montrent la présence d'une faune à la fois riche et abondante, proportionnelle à la concentration de nodules : en effet, les espèces détectées sont deux fois plus importantes dans les zones plus denses en nodules polymétalliques. « Pour en arriver à cette conclusion, nous avons observé le fond océanique sur cinq sites différents, précise Lénaïck Menot. Notre objectif était d'identifier, en temps réel, la composition et la densité de la faune mobile et sédentaire comme les poissons, les crustacés, les coraux ou les éponges».

Des sites très perturbés après des actions humaines

«Nous avons comparé des zones naturellement riches ou pauvres en nodules et des sites qui ont été dragués lorsqu'il n'y avait pas encore de régulation dans l'exploration des eaux internationales.»

Le verdict est sans appel. «Dans les zones où le fond océanique et les premiers centimètres de sédiments ont été raclés pour récupérer les nodules, la faune a été profondément affaiblie et n'a pas recolonisé les lieux.»

En effet, dans le milieu abyssal, dominé par de grandes plaines sédimentaires, les nodules constituent un habitat unique, notamment pour les coraux ou les éponges qui peuvent s'y accrocher. « Les enlever pourrait conduire à une perte importante de la biodiversité à l'échelle des zones exploitées, qui pourrait ne jamais revenir, étant donné que les nodules mettent plusieurs millions d'années à se former. »

Autant de raisons qui mettent en exergue la nécessité d'élaborer des stratégies de préservation de la biodiversité dans les zones riches en modules.

Zone Clarion-Clipperton : 9 millions de km2

La zone Clarion-Clipperton est une zone géologique sous-marine (n°15 sur la carte ci-dessous) qui se situe dans le nord-est du Pacifique, entre l'archipel d'Hawaï et la côte ouest du Mexique. Elle représente une surface de 9 millions de km2, dans laquelle le poids des nodules atteindrait 34 milliards de tonnes, dont environ 340 millions des tonnes de nickel, et 275 millions de tonnes de cuivre.

L'Autorité internationale des fonds marins (AIFM) a attribué à la France un secteur de 75 000 km2 en vue de l'exploration des nodules polymétalliques.

Le contrat passé auprès de l'Ifremer indique notamment l'obligation d'effectuer un état de référence de l'écosystème de ces grands fonds.

Oceans champs de nodules des millions de km2 doublement precieux 0

© Ouest-France - http://www.ouest-france.fr/mer/oceans-champs-de-nodules-des-millions-de-km2-doublement-precieux-4313369

Ajouter un commentaire

Code incorrect ! Essayez à nouveau