Bar : les ligneurs dénoncent «un arrêt de mort»

Un moratoire total dans le nord signifie la fin de leur métier… tandis qu’au sud ils voient le bar aller de mal en pis sans que rien ne soit fait, malgré les alertes répétées. «L’inertie du système est intolérable !»

Les ligneurs de la pointe de bretagne

«Laissera-t-on la flottille des ligneurs disparaître ?», s’alarme la plateforme de la petite pêche artisanale française, suite au moratoire total préconisé sur le bar de la zone nord. Au sud aussi des mesures s’imposent vu le début de saison catastrophique…

Pointe du Raz. Au nord, le bar soumis à des mesures drastiques en 2015 et 2016 (moratoire de six mois pour plusieurs métiers, taille passée de 36 à 42 cm, limites de captures mensuelles). Les mesures vont crescendo, jusqu’à l’arrêt total de toute pêche préconisé en 2017 par les scientifiques du Ciem. Au sud, le bar géré uniquement par des licences pour les professionnels, sans limite de capture ni arrêt biologique, avec taille minimale 36 cm, et prélevé aussi par les plaisanciers. Or la limite géographique est arbitraire, dans l’attente que les campagnes de marquage permettent d’en savoir plus sur les populations de bar. Aberrant. «Arrêtons de jouer avec les nerfs des pêcheurs !», appellent les ligneurs, pour qui un moratoire total dans le nord signifie la fin de leur métier… tandis qu’au sud ils voient le bar aller de mal en pis sans que rien ne soit fait, malgré les alertes répétées. «L’inertie du système est intolérable !»

Préserver la reproduction hivernale

Ils témoignent en effet d’un début de saison catastrophique au nord comme au sud. «De Dunkerque à Royan, le bar est absent.» Un constat empirique confirmé par la chute des ventes en criées de bar de ligne entre janvier et juin, passant de 221 tonnes en 2015 à 127 en 2016, soit -43 %. Les bars de filet et chalut (soumis à moratoire côté nord) sont descendus de 1 502 à 1 165 tonnes. «Nous voyons se reproduire dans le golfe de Gascogne exactement le même scénario qu’en Manche avec trois ans de décalage et bien plus vite que nous le redoutions», poursuivent les ligneurs.

Ils réclament qu’y soit appliqué un arrêt biologique préservant la reproduction hivernale du bar, comme en Manche, et des limites de captures individuelles. Quant au nord…«pas question de sacrifier la flottille des ligneurs», prévient la plateforme, rappelant leur sélectivité et leurs faibles prélèvements. «Le manque de sélectivité et les rejets engendrés par les autres métiers sont également au cœur du problème.»

Au-delà, les ligneurs pointent «le dysfonctionnement de l’ensemble du secteur», une inertie «encouragée par les organisations professionnelles, protégée par une administration qui n’a que faire de ces petits pêcheurs, qui ne sont que des grains de sable dans la machine». Pour eux, cette crise ne concerne pas que le bar, mais a aussi engendré la surexploitation passée du merlu, puis de l’anchois, maintenant de la sole…

© Le Marin

Ci-dessous le communiqué de presse de la Plateforme de la Petite Pêche Artisanale Française

Moratoire de la pêche du bar en 2017 : Laissera-t-on la flottille des ligneurs disparaître ?

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Le 7 juillet 2016

Le 30 juin 2016, le CIEM (Conseil International pour l’Exploration de la Mer) a recommandé dans son avis scientifique pour la gestion du bar en 2017 dans la zone Nord, (de la pointe du Raz à la Mer du Nord) un moratoire intégral de la pêche du bar en 2017. Après des années de plus en plus difficiles pour les ligneurs de bar, c’est un nouvel arrêt de mort qui se profile…

Début de saison catastrophique

De Dunkerque à Royan, les ligneurs sont unanimes, le bar est absent. Ce constat empirique est confirmé par la chute des ventes en criées de bar de ligne entre janvier et juin passant de 221 tonnes en 2015 à 127 tonnes en 2016 soit un effondrement de 43%. Dans la même période, les ventes de bars pêchés au filet ou au chalut représentaient 1165 tonnes en 2016 (1502 tonnes de janvier à juin 2015), soit 10 fois plus que les métiers de l’hameçon.

Malheureusement, nous voyons se reproduire dans le golfe de Gascogne exactement le même scénario qu’en Manche avec 3 ans de décalage et bien plus vite que nous le redoutions !! La délimitation purement arbitraire du 48ème parallèle permettant de « préserver » le golfe de Gascogne de toute mesure de gestion apparaît maintenant comme une erreur fondamentale et doit être revue avec urgence. La mise en place d’un arrêt biologique permettant de préserver la reproduction hivernale du bar au même titre qu’en Manche nous semble impérative, ainsi qu’une limite de capture individuelle permettant de véritablement contrôler le prélèvement total de bar et une limitation drastique de la plaisance.

Arrêtons de jouer avec les nerfs des pêcheurs

Depuis près de 20 ans nous alertons les scientifiques sur la diminution de la ressource et nous nous sommes vus répondre qu’il n’y avait pas de problème de ressource… Et rien n’a été fait pour enrayer la surpêche du bar. Depuis plusieurs années, les pêcheurs professionnels participent à des campagnes de marquage. Chaque année, la faiblesse des études scientifiques sur l’évaluation du recrutement des juvéniles de bar est pointée du doigt sans que rien ne change ou en tout cas sans effet notable.

Alors qu’en 2013, soudainement, les scientifiques confirment la mauvaise santé du bar en Manche, au même moment, les pêcheurs opérant dans le golfe de Gascogne perçoivent depuis des années une baisse de la ressource. Mais les avis scientifiques sont rassurants : la biomasse est en hausse, pas d’inquiétude… Mais comment peut-on affirmer que la biomasse est en hausse quand on exclut de l’analyse les captures de la pêche de plaisance qui sont loin d’être négligeables et qu’on sait qu’il s’agit là d’un avis très incertain ? Nous refusons cette approche de précaution qui permet de continuer à pêcher sans limite puis nous impose en à peine trois ans un moratoire intégral sur la pêcherie !

L’inertie du système est intolérable

Encore une fois, la petite pêche est victime de l’inertie du système, encouragée par les organisations professionnelles, protégée par une administration qui n’a que faire de ces petits pêcheurs, qui ne sont que des grains de sable dans la machine. Ne nous méprenons pas, cette crise ne concerne pas que le bar et les seuls ligneurs. C’est le dysfonctionnement de l’ensemble du secteur qui est en cause, de la surexploitation passée du merlu, puis de l’anchois et maintenant de la sole qui a engendré un report de pêche sur le bar, d’une fraude généralisée que l’Etat peine à enrayer. Comment accepter qu’un moratoire intégral soit décrété pour les ligneurs alors qu’en janvier 2016, certains chalutiers ont prélevé illégalement des dizaines de tonnes de bar en toute impunité, et qu’à partir de juillet, ces mêmes bateaux disposent d’un quota mensuel d’une tonne jusqu’à la fin de l’année ?

Pendant des décennies, les débarquements de bar des ligneurs sont restés stables, autour de 300 tonnes dans la Manche, soit 10% de l’ensemble des captures de bar dans la zone. Sur toute la France, une flottille de plus de 300 navires est menacée. C’est là tout le paradoxe. Les ligneurs ne représentent qu’une faible part du prélèvement, pratiquent une pêche respectueuse du milieu et de la ressource, extrêmement sélective, valorisent très bien leur poisson, et pourtant, ce sont eux qui risquent de disparaître !

Mais l’instauration d’un moratoire intégral n’est pas une solution miracle. Le manque de sélectivité et les rejets engendrés par les autres métiers sont également au cœur du problème. Les rejets de bar par les chalutiers de la zone nord ont été estimés par les organisations professionnelles à 50 tonnes par mois entre décembre et avril, avant le passage à 42 cm. Les seuls rejets de bar pèseraient donc à eux seuls un tonnage supérieur à celui des ligneurs !

Bien entendu, la situation du bar est très mauvaise, bien entendu, nous concevons la difficulté de l’évaluation scientifique, mais il n’est pas question de sacrifier la flottille des ligneurs. Nous affirmons qu’il est encore possible de sauver la flottille et de restaurer la population de bar.De plus, avec la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne, comment vont se passer les discussions sur la gestion du bar en 2017 ? Il serait inconcevable que le Royaume-Uni n’applique pas les mêmes mesures que le reste de l’Union.

© Plateforme de la Petite Pêche Artisanale Française - http://www.plateforme-petite-peche.fr/?p=440

Ajouter un commentaire

Code incorrect ! Essayez à nouveau