La daurade ne mangera plus ni huîtres ni moules !

Après trois ans de tests à Quiberon et Brest, un système émettant des sons sous l'eau a été mis au point pour faire fuir ce poisson, principal prédateur des coquillages bretons. Décryptage.

La daurade ne mangera plus ni huitres ni moules

Pourquoi un plan de lutte contre la daurade royale ?

Les huîtres élevées à même le sol ou les moules sur des bouchots constituent des proies sans grande défense pour les prédateurs. Si le bigorneau perceur, l'étoile de mer ou encore l'araignée font ainsi des ravages dans les élevages, c'est surtout la daurade royale qui est la plus redoutée car sa puissante mâchoire effrite les coquilles les plus résistantes.

Ainsi les mytiliculteurs de la rade de Brest ont constaté que 160 tonnes de leurs moules ont été dévorées en un mois par un banc de plusieurs milliers de daurades ! «C'est le même phénomène pour les huîtres dont plusieurs dizaines de tonnes peuvent être détruites en quelques jours. Il est toutefois difficile d'évaluer la moyenne des pertes au sein de la production», précise Sonia Gachelin.

Depuis trois ans, cette chargée de mission au Comité régional de conchyliculture de Bretagne sud, basé à Auray (Morbihan), travaille sur un projet baptisé Prédador afin de lutter contre ce poisson carnassier.

Comment lutter contre ce prédateur ?

Financé par la région Bretagne et le conseil départemental du Morbihan, Prédador a vu Ifremer et ses sites de Brest et Lorient se joindre aux conchyliculteurs pour mener des recherches sur les huîtres en baie de Quiberon et sur les moules en rade de Brest.

Le Museum d'histoire naturelle de Concarneau a, lui, été associé pour étudier l'alimentation de ce prédateur. «La daurade préfère les moules mais elle s'attaque aussi aux jeunes huîtres de 18 mois. Elle est très présente dans les eaux bretonnes de mars à octobre et, selon les pêcheurs, elle n'est pas facile à attraper.»

Les premiers essais ont porté sur l'installation de filets. «C'est un moyen efficace et résistant, mais il présente des contraintes quand il est soumis aux courants.», analyse Erwan Frick, ostréiculteur à l'entrée du Golfe du Morbihan.

Le service acoustique d'Ifremer s'est alors davantage orienté vers la construction d'un appareil répulsif, émettant des sons à basse fréquence qui font fuir les daurades. Explications de son responsable brestois Yves Le Gall : «Il a été testé avec succès en baie de Quiberon pendant deux ans. Plongé à une profondeur d'environ un mètre, un haut-parleur alimenté par des batteries, permettant une autonomie de quinze jours, lance sur un rayon de 300 m un son qui n'est pas continu et qui n'est pas perçu par les autres espèces de poissons.»

Quand sera commercialisé ce système ?

En fait Predador n'en est qu'à sa première phase. La seconde va bientôt démarrer pour durer deux ans. «Elle portera sur des essais en Bretagne (Brest, Quiberon, Carantec et Paimpol) et dans l'étang de Thau en Méditerranée, car la daurade ne semble pas se développer pour l'instant en Normandie. Il s'agit de mesurer l'accoutumance de la daurade aux sons et aussi les impacts de ce système sur les différentes espèces, la croissance des huîtres et sur l'environnement. Sa commercialisation pourrait se faire en 2018, pour un coût qui ne devrait pas dépasser 5 000 €», selon Yves Le Gall.

Patrick CERTAIN - © Ouest-France - http://www.ouest-france.fr/bretagne/la-daurade-ne-mangera-plus-ni-huitres-ni-moules-4015254

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