La fonte de l’Antarctique élèvera le niveau des mers bien plus que prévu

Le niveau des mers pourrait augmenter de 2 mètres à la fin de ce siècle, soit un mètre de plus que les précédentes modélisations qui prenaient mal en compte l’influence de l’Antarctique.

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© Michel Setboun/SIPA

Le fonctionnement des glaces continentales de l’Antarctique demeure mystérieux. Au point que le dernier rapport du Groupe intergouvernemental des experts sur le climat (Giec), remis en 2014, y signalait une véritable boîte noire. L’influence du continent sur le niveau des océans y était plutôt décrite comme marginale avec, malgré tout, un taux d’incertitude élevé.

Cette incertitude semble s’estomper. Dans Nature du 30 mars, c’est un “effondrement inarrêtable de la glace antarctique” que prévoient Robert DeConto de l’université du Massachusetts et David Pollard de l’université d’État de Pennsylvanie (États-Unis).

L’idée des chercheurs a été d’utiliser les observations et mesures faites actuellement sur le comportement de la calotte polaire pour nourrir de données physiques leurs systèmes de modélisation. Ils ont ainsi reconstitué les mécanismes de deux périodes géologiques passées où le niveau des mers était bien plus haut.

Ces deux dernières années, les glaciologues ont pu faire le bilan de décennies de fractures glaciaires de grande ampleur affectant des régions de l’est de l’Antarctique. Le réchauffement des courants baignant la base de la banquise antarctique se conjugue en effet avec la hausse des températures atmosphériques qui provoque la création de lacs en surface de la calotte continentale ; la descente de ces eaux dégelées jusqu’à la base des couches de glace continentale et le glissement de masses considérables vers la mer amenant à l’effondrement dans la mer de falaises de glace. Pour nombre de climatologues, cet événement est un “tipping point”, soit un point de non-retour à la situation antérieure.

La reconstruction d'événements passés

Robert DeConto et David Pollard ont intégré ces données à leurs modèles de reconstitution du climat de deux périodes chaudes. Au pliocène il y a 3 millions d’années, les teneurs en CO2 dans l’atmosphère étaient de 400 parties par million (ppm), soit l’équivalent de celles d’aujourd’hui. Pourtant, le niveau des mers était de 10 à 30 m au-dessus du niveau actuel. Dans le dernier âge interglaciaire (entre -130 000 et -115 000 ans), la teneur en CO2 était en dessous de 280 ppm et la température moyenne globale comprise entre 0°C et 2°C par rapport à aujourd’hui, mais le niveau des mers était de 6 à 9 m au-dessus de la situation actuelle. Ce qui implique une contribution de 3,6 à 7,4 m de l’Antarctique, contre 1,5 à 2 m pour le Groenland. L’apport en eau de l'Antarctique est donc devant nous.

Cette reconstruction d’une évolution passée permet de mieux appréhender la “sensibilité” de la couche de glace de l’Antarctique et de l’appliquer à des scénarios impliquant une augmentation des températures respectivement de 2°C, 3°C et 4°C au cours de ce siècle. C’est ainsi qu’ils arrivent à la conclusion que l’Antarctique pourrait contribuer à une hausse du niveau des mers de plus d’un mètre en 2100 et de 15 m en l’an 2500, soit beaucoup plus que les quelques centimètres avancés par le rapport du Giec de 2014.

La différence est précisément due à l’originalité d’un travail qui a modélisé le comportement de l’ensemble de la couche de glace du continent et non pas seulement de quelques régions émissaires des plus gros glaciers. La confrontation des différents scénarios développés par les chercheurs apporte enfin un enseignement d’importance.

Dans le cas où la hausse des températures serait limitée à 2°C d’ici à 2100, la contribution de la calotte glaciaire antarctique à la hausse du niveau des mers serait limitée à quelques centimètres. D’où l’importance d’agir pour la réduction des gaz à effet de serre à laquelle les États se sont engagés en décembre à la COP21 à Paris. Les contributions volontaires effectuées par chaque État avant l’accord de Paris mettent l’humanité sur une hausse de 2,7°C à 3°C. L’article de DeConto et Pollard confirme ainsi que les efforts accrus de lutte contre le réchauffement climatique se traduiront bien par des régions littorales épargnées des eaux et des villes côtières sauvées des inondations.

Loïc Chauveau – Sciences et Avenir - http://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/climat/20160331.OBS7497/la-fonte-de-l-antarctique-elevera-le-niveau-des-mers-bien-plus-que-prevu.html

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