Somalie : risque de piraterie lié aux flottes de pêche étrangères

Le rapport Securing Somali Fisheries  pointe le fait que dans les eaux somaliennes, les flottilles étrangères capturent trois fois plus de poissons que les navires somaliens, et surtout de façon illégale. Leur présence s’accentue avec le risque, comme ça s’est vu par le passé, de provoquer une recrudescence des actes de piraterie.

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Les pêcheurs somaliens témoignent d’un appauvrissement de leurs ressources. (Photo : Secure Fisheries)

 « La pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN) pratiquée dans les eaux somaliennes par des flottes étrangères appauvrit les stocks de poissons et entraîne un ressentiment général au sein des communautés côtières de Somalie, risquant de contribuer à un regain de violence en mer », résume Secure Fisheries (programme de la fondation One Earth Future), qui a publié ce rapport (1). La pêcherie industrielle étrangère capturerait plus de 132 000 tonnes par an, contre 40 000 tonnes pour la flotte artisanale somalienne. En cause ? « L’Iran et le Yémen sont les pays de pêche les plus présents dans les eaux somaliennes, même si des navires européens et asiatiques débarquent également un grand nombre de captures. »

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On retrouverait au moins 13 nations de pêche dans les eaux somaliennes. (Camembert : Secure Fisheries)

Retour de la piraterie ?

Ce rapport montre la pêche INN en Somalie comme un fléau depuis des décennies, qui a servi à justifier, dans les années 1990, les attaques pirates, avec le soutien des populations locales. Même si les pirates somaliens ont vite changé de cible pour s’attaquer à des navires plus lucratifs, comme les navires de charge ou les pétroliers, passant du protectionnisme au vol armé. Beaucoup de navires de pêche étrangers ont alors quitté la zone au milieu des années 2000.

Mais la tendance s’inverse, « la situation est revenue à son point de départ, avec de très nombreux navires étrangers qui opèrent de nouveau dans les eaux somaliennes. Et le risque est grand de réactiver l'engrenage de la piraterie », avertit John Steed, directeur régional de Secure Fisheries pour la corne de l’Afrique. Ainsi en mars, deux navires iraniens soupçonnés de pêcher illégalement ont été capturés par des pirates, le Jaber et le Siraj. L’équipage de ce dernier est toujours entre les mains des pirates.

44 % des stocks surexploités

L’autre constat, c’est l’appauvrissement des stocks et la perte, pour les Somaliens, de leur sécurité alimentaire et de revenus. 44 % des stocks de poisson en Somalie seraient surexploités. Le thon n’y figure pas, exploité à sa capacité maximale, mais principalement par les flottilles étrangères, sans que sa grande valeur commerciale ne profite aux pêcheurs locaux. Ces derniers disent ressentir, dans leurs captures, l’impact de ces flottilles. « La pêche illicite en Somalie a considérablement réduit les activités de pêche des entreprises locales, affaiblissant ainsi leur production. Et maintenant, mon entreprise est confrontée à de graves difficultés, déclare ainsi Jama Mohamud Ali, un exploitant du secteur maritime somalien. Ces grands navires de pêche modernes épuisent nos ressources. » Le gouvernement somalien manque apparemment d'infrastructures pour surveiller, contrôler et protéger son domaine maritime.

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Historique des captures dans les eaux somaliennes : pêches somalienne et étrangère. (Graphique : Secure Fisheries)

Suivi par satellite

Que faire ? Le rapport recommande notamment d’améliorer les échanges d'informations entre les acteurs internationaux et régionaux pour mieux identifier les navires de pêche opérant dans les eaux somaliennes ; et d’accroître le recours au suivi par satellite. En parallèle de la lutte contre la pêche INN, il faut aussi, conseille Secure Fisheries, favoriser la viabilité du secteur de la pêche en Somalie en soutenant ses projets d'infrastructure et de développement.

  1. (1) dans le cadre du projet Oceans Beyond Picacy

Infographie résumant les résultats de l'étude -http://securefisheries.org/sites/default/files/SomaliFisheriesReport-TwoPageOverview.pdf

Rapport complet (en anglais) - http://securefisheries.org/sites/default/files/SecuringSomaliFisheries-FullReport.pdf 

© Le Marin - l’hebdomadaire de l’économie maritime

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