Thon tropical : les senneurs limités à 500 DCP en Atlantique - Requins et espadons, circulez, y a rien à voir.

L’état alarmant du thon obèse (patudo) en Atlantique a conduit l’Iccat à baisser le quota de 23,5 % ; à fermer la pêche sous DCP sur une grande zone, en janvier et février ; et, surtout, à limiter les senneurs à 500 DCP (dispositifs de concentration du poisson). Le tout dès 2016.

Trevignon thonier senneur

Le thonier-senneur industriel : le Trévignon de la Compagnie française du thon océanique qui pêche au thon tropical dans l’océan indien. © Piriou

Cette recommandation a été adoptée à Malte le 17 novembre à l’issue de huit jours de débat pour la 24e réunion ordinaire de la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique (Iccat). L’évaluation du stock de thon obèse d’Atlantique présentée par les scientifiques a montré qu’il était surexploité. Cette espèce représente 5 % des captures des senneurs (surtout des juvéniles), associée aux autres espèces (albacore, listao), et elle est ciblée à l’âge adulte par les palangriers.

La recommandation, préparée par l’Union européenne avec le concours du Gabon et fusionnée avec la proposition du Japon, révise les précédentes mesures de gestion. Avec quatre mesures. D’abord, elle diminue le quota de 85 000 à 65 000 tonnes, suivant l’avis scientifique. «La part de l’Union européenne passe à 16 989 tonnes, soit -25 %», indique Yvon Riva, président de l’organisation de producteurs Orthongel. Les pays en voie de développement sont parvenus à éviter d’être soumis à des quotas, contrairement à la volonté de la Commission européenne. Ils sont cependant plafonnés à 3 500 tonnes. Ensuite, elle limite le nombre de navires, mais il semble que ce soit une simple reconduction.

Influence des Espagnols

Troisièmement, elle introduit une fermeture spatio-temporelle de la pêche sous DCP quand et où les juvéniles abondent : en janvier et février dans une vaste zone couvrant au moins la moitié de la zone de pêche des senneurs. «Cette mesure reprend, en plus étendue, la fermeture adoptée volontairement par les senneurs français et espagnols en 1997-1998, puis rendue obligatoire par l’Iccat durant quatre à cinq ans, avant d’y mettre fin car des flottilles ne la respectaient pas», raconte Michel Goujon.

Directeur de l’organisation de producteurs Orthongel, il s’attend à ce qu’elle ait un effet non négligeable sur les captures de juvéniles, si elle est respectée par les autres flottilles. «On peut supposer que ce sera plus efficace cette fois, avec l’obligation d’avoir des observateurs à bord», ajoute Yvon Riva. Les pêcheurs devront se reporter hors de cette zone ou y pêcher seulement sur banc libre.

Enfin, mesure la plus emblématique : la limitation à 500 DCP actifs par senneur. Ce niveau, assez élevé, comme pour la limitation adoptée dans l’océan Indien (550), s'explique par l’influence des Espagnols : gros utilisateurs de DCP, ils souhaitaient limiter cette contrainte. Défendue par Orthongel, l’idée d’encadrer les DCP avait abouti l’an dernier à la création d'un groupe de travail sur le sujet. Il devrait indiquer l’an prochain ce que serait, scientifiquement, une limite acceptable. Arbitraire aujourd’hui, elle a été peu discutée, mais doit donc être révisée en 2016. «500, c’est encore trop, admet le représentant des armateurs français au thon tropical. Mais pour la première fois, il y a une limite à l’Iccat, c’est significatif. Et elle est provisoire, en attendant l’avis scientifique en 2016. Cependant aucune ONG n’est montée au créneau pour faire descendre ce chiffre.»

Le programme sur les observateurs a aussi progressé avec la reconnaissance mutuelle des observateurs régionaux : un observateur ghanéen peut par exemple rester à bord lorsque le navire passe à la ZEE voisine et y est habilité à faire ses observations, ce qui introduit de la souplesse, en évitant de changer d’observateur à chaque changement de zone. Déjà en œuvre au sein du programme Occup, ce principe est ainsi acté à l’Iccat.

Espadon, requin et thon rouge

Les ONG, elles, visaient d’autres dossiers que le thon tropical. Elles s’attendaient ainsi à des recommandations sur l’espadon, largement surexploité, et contre le trafic d’ailerons de requins («finning»). Bilan : rien. «Nous sommes très déçus, déclare Maria Cornax, biologiste marine à Oceana. Des pays ont avancé de faux arguments (plan pas assez ambitieux, pas assez de temps) pour éviter une gestion durable du stock d’espadon.»

Pour le requin, «alors que 30 des 40 parties contractantes (dont l’Europe) soutenaient la lutte contre le finning, la pression du Japon a fait capoter la mesure», révèle Sonja Fordham, présidente de Sharks Advocates International.

Enfin, l’Iccat a validé la hausse de 20 % des quotas de thon rouge (plus de 11 000 tonnes en 2016) et a repoussé de 2017 à 2018 la mise en place des déclarations de bord électroniques pour toutes les flottilles. Sans éclaircir la position de la Turquie, qui s’est auto-attribuée en début d’année un quota supplémentaire de 7,73 %. Le stock de thon rouge doit être réévalué l’an prochain.

© Le Marin – L’hebdomadaire de l’économie maritime

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