«Refusons une exploitation du milieu marin à marche forcée»

«Le développement de l’économie bleue doit être encadré.» La fédération France Nature Environnement (FNE), qui regroupe 3000 associations en métropole et outremer, s’inquiète face aux ambitions affichées lors du Comité interministériel de la mer (Cimer) du 22 octobre et aux Assises de l’économie de la mer à Marseille ces 3 et 4 novembre.

16 2001

La croissance bleue pour être durable doit être orientée vers l’atteinte du bon état écologique des eaux marines, souligne FNE. (Photo : Eduardo Sorensen)

Deux rendez-vous maritimes «au goût amer», où l’absence de la ministre chargée de l’environnement «est révélatrice de l’ambition de la France concernant la protection de son domaine maritime».

Et l’environnement ? Les mesures annoncées par le Cimer ciblent l’exploitation industrielle du fonds des mers, «mais sans disposition concrète en faveur de la préservation d’un milieu marin de meilleure qualité», déplore FNE dans un communiqué. Elle appelle à penser le développement de l’économie bleue de manière responsable avec un cadre réglementaire équilibré : une aquaculture durable dans le respect de l’environnement et la sécurité sanitaire des consommateurs, une exploitation des fonds marins dotée de moyens de surveillance performants, des aménagements portuaires réduisant l’artificialisation des milieux naturels et les pollutions…

Les énergies marines renouvelables à la traîne

Pour Élodie Martinie-Cousty, responsable politique du réseau Océans, mers et littoraux de FNE, «il est urgent d’anticiper les conflits d’usage pour favoriser le partage intelligent et la gestion intégrée de nos espaces maritimes. Les activités humaines ne pourront pas se développer durablement dans un environnement dégradé et notamment l’aquaculture et l’algoculture». On peut en dire autant pour la pêche. «La préservation du milieu et son financement doivent donc être la clef de voûte de la politique maritime française.»

FNE déplore aussi que «les projets d’énergies marines renouvelables arrivent au compte-gouttes» et réclame «une véritable stratégie nationale de planification des projets maritimes dont ceux d’énergie marine renouvelable». La France doit rattraper son retard et faire des énergies marines renouvelables, grands absents du Cimer, «l’une des clefs d’un nouveau modèle de production d’énergie».

La croisière : un «régime d’exception polluant»

Annoncées aux Assises de l'Économie de la Mer comme étant les nouveaux relais de croissance pour les ports français, les croisières ont le vent en poupe. FNE et l’ONG allemande Nabu avaient déjà dénoncé dans leur récente étude portant sur les navires de croisière, «les impacts sanitaires et environnementaux générés par les navires avec une teneur en soufre des carburants maritimes plus de 3 000 fois supérieure à celle des carburants utilisés par les voitures et les camions. La pollution par les particules fines multiplie par 20 la pollution du cœur d’une ville comme Marseille, ville-hôte des Assises !» FNE demande la transposition de la directive européenne sur les émissions atmosphériques des navires conformément aux engagements de la loi de transition énergétique, l’obligation de systèmes d’élimination des particules sur tous les navires et l’adoption de taxes portuaires appliquées aux navires à leur entrée au port.

Un eldorado... à court terme

Pour Denez L’Hostis, président de FNE : «Nous nous réjouissons que le gouvernement veuille se saisir enfin de ses atouts maritimes, mais dans quelles conditions ? La France contrôle désormais la plus grande zone économique exclusive après les États-Unis. Elle doit se doter de moyens suffisants en termes de surveillance et de gestion. La politique maritime reste encore trop sectorisée et à courte vue. La protection des milieux marins doit en être la base transversale et prospective.»

FNE s’interroge sur les choix d’investissement qui semblent poussés par le gouvernement français : «Un eldorado financier provisoire mais pour quel bouleversement écologique, social et économique ? La «croissance bleue» pour être «durable» doit être impérativement orientée vers l’atteinte du bon état écologique des eaux marines et le maintien de la biodiversité et des écosystèmes marins.»

© Le Marin – l’hebdomadaire de l’économie maritime

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