9 juin 2015

Etats-Unis. L'Hermione transporte le souvenir de La Fayette sur la côte est.

000 par8151461

La réplique de la frégate française du Marquis de La Fayette est retournée à Yorktown, en Virginie, plus de deux siècles après l'insurrection américaine. Elle fera escale dans onze villes de la côte est cet été.

Plus de deux siècles après les dernières détonations, les canons ont à nouveau retenti dans le port de Yorktown pour accueillir l’Hermione, réplique fidèle du navire qui, en 1780, avait prêté main forte aux Américains dans leur lutte pour l’indépendance.

Aussi baptisée “frégate de la liberté”, c’est chargée de souvenirs que l’Hermione a fait son entrée dans le port américain, rapporte le Washington Post. “En 1780, le Marquis de La Fayette a traversé l’Atlantique avec un message qui allait changer le destin de la nation : la France envoyait les soldats et les bateaux dont nous avions cruellement besoin pour vaincre les Anglais.”

Le 5 juin dernier, après 17 ans de construction dans l'ancien arsenal maritime de Rochefort (Charente-Maritime) et 6 000 kilomètres de traversée l'Atlantique effectués en 48 jours, la réplique du vaisseau légendaire a renoué avec le nouveau continent. “Rendre hommage aux efforts extraordinaires du Général La Fayette et des Français pour soutenir la cause révolutionnaire, c’est aussi se souvenir de ce qui fait de la France notre plus vieil allié”, écrivait le président Barack Obama, le 16 avril dernier, dans une lettre également reprise par le Washington Post.

Nouvelles aventures sur la côte est

Accueillie par la ministre de l’Ecologie, Ségolène Royal, qui attendait sur les quais de la bourgade située à 260 kilomètres de Washington, l'Hermione a fait escale deux jours à Yorktown. Le vaisseau entame à présent un tour de la côte est qui durera jusqu’au 15 juillet. La frégate, dont le parcours peut être suivi grâce à un site Internet dédié à son périple, jettera l’ancre à onze reprises, détaille le Los Angeles Times. Au programme : Boston, Philadelphie, Baltimore, et même la ville canadienne de Lunenburg.

© Courrier International

“ Nous avons à notre disposition le big data de la biodiversité marine ”

 

De 2009 à 2013, l'expédition Tara Océans a prélevé des milliers d'échantillons de l'écosystème planctonique. Le secrétaire de l'expédition Romain Troublé revient pour Actu-environnement sur les premiers résultats scientifiques qui en découlent et les nombreuses recherches qu'ils laissent entrevoir.

 

Romain Troublé - Secrétaire général de Tara Expéditions

 

24684 portrait

Actu-environnement : Deux ans après le retour de l'expédition Tara Océans, cinq études publiées dans la revue Science présentent les premières analyses des 35.000 échantillons de plancton collectés dans tous les océans du monde. Quelles sont les premières découvertes ?

Romain Troublé : Trois des cinq études publiées nous apprennent beaucoup sur la diversité du monde planctonique. Ces virus, bactéries, protistes et autres micro-animaux (krill, larves) sont beaucoup plus fivers que ce que nous imaginions. Alors que jusqu'à maintenant 39 virus marins avaient été identifiés, l'expédition a permis d'en découvrir plus de 5.000 ! Une expédition américaine avait fait un premier état des lieux des bactéries marines mais nous en avons découvert mille fois plus.

Pour l'instant 60 stations de prélèvement sur les 210 de l'expédition Tara Oceans ont été analysées. Les chercheurs constatent que dans chaque nouvel échantillon que l'on analyse, on ne retrouve pas ou peu de nouvelles espèces. Les données de l'Arctique en révèleront sans doute d'autres, mais on voit désormais la quasi-totalité du contenu de la boîte noire qu'est l'océan entre 0 et 500m de profondeur. Il faut maintenant travailler sur les données pour savoir précisément qui fait quoi, comment, et avec qui.

AE : Pour chaque échantillon d'eau prélevé, vous avez mesuré les conditions physico-chimiques du milieu. Quelle corrélation observez-vous entre la biodiversité et ces paramètres ?

RT : Deux des cinq études publiées ont mis en exergue l'influence des paramètres environnementaux. La température est de loin celui qui impacte le plus l'écosystème. A partir des bactéries présentes dans un échantillon, on peut en déduire la température du milieu dans lequel elles ont été prélevées. C'est très corrélé. La température semble affecter à la fois la diversité bactérienne et également les collaborations entre les espèces. Or dans cet écosystème planctonique, 80% des espèces interagissent entre elles : prédation, parasitisme, collaboration, symbiose...

Les changements climatiques et les variations de température qui vont en découler dans l'océan vont donc impacter la structure et les fonctions de l'écosystème planctonique. Or, le plancton produit l'oxygène que l'on respire. Il est la base de la chaîne alimentaire et constitue un puits de carbone, dans quel sens ? La question reste entière !

Dumbo

AE : Trois ans pour analyser autant d'échantillons c'est court. Comment faites-vous ?

RT : L'analyse est assez rapide et efficace car les protocoles d'échantillonnage, d'étiquetage et les procédures d'analyse ont été précisément préparés en amont de l'expédition.
 Les équipes scientifiques ont ensuite opté pour le séquençage génomique massif afin d'identifier les espèces présentes : on appelle cela la métagénomique. Les échantillons sont placés dans un séquenceur qui décode de petites parties d'ADN. Une fois ces petits bouts d'ADN reconstitués en séquences par des ordinateurs, ces informations sont comparées avec des bases de données connues. En ce qui nous concerne, un tiers ne correspond à rien. Par contre, on reconnaît certains marqueurs qui permettent d'en déduire si on est en présence d'un virus, d'une bactérie ou d'un protiste, etc.

La génomique est selon moi "le microscope" du troisième millénaire. On ne voit plus les formes mais l'ADN du vivant. Pour partie, ces analyses ont été soutenues à travers le projet Oceanomics grâce au financement des Investissements d'Avenir. Au Génoscope du CEA, près de 90 ingénieurs-chercheurs ont travaillé pendant deux ans au séquençage des échantillons de Tara Oceans. Résultat, le monde scientifique dispose aujourd'hui de la plus grande base de données de l'humanité sur un écosystème "complet". C'est le big data de la biodiversité marine !

Protistes

AE : Cette base de données est utilisable par tous les scientifiques ?

RT : Tous les résultats sont enregistrés dans deux bases de données publiques dont celle de l'European Bioinformatics Institute à Cambridge au Royaume-Uni qui stocke toutes les données génomiques européennes. Les données physico-chimiques et environnementales sont publiées sur la base de données Pangaea en Allemagne. Ces deux bases sont reliées entre elles. Les données ont été formatées pour être compréhensibles et utilisables par le plus grand nombre de disciplines scientifiques. C'est remarquable ! Je précise qu'à partir des données de Tara Océans, il n'est pas possible de breveter une protéine ou une molécule. Les bases de données permettent de savoir quelles espèces sont présentes, quels gênes s'expriment, pour quelles fonctions… Mais pour développer des biotechnologies il faut cultiver les organismes intéressants. Il faudra donc retourner les chercher en mer, les pêcher vivants et savoir comment les cultiver. Au regard du niveau d'interactions des espèces entre elles, ce ne sera sans doute pas chose facile mais tout à fait possible.

AE : A quelles recherches peuvent servir ces données ?

RT : 
Ces données vont pouvoir alimenter les modèles climatiques pour essayer de prédire l'impact des évolutions des températures sur les écosystèmes océaniques, sur la chaîne alimentaire, sur la pompe à carbone, la présence de nitrate dans l'eau, le niveau d'oxygène produit, et bien d'autres choses qu'on ne soupçonne pas aujourd'hui. Faute de connaissances, les modèles du GIEC par exemple ne prennent pas en compte la réponse de ces écosystèmes marins au changement climatique. Pourtant, la vie marine joue un véritable rôle sur l'atmosphère.

Ces données vont pouvoir alimenter pendant plusieurs décennies tous les grands domaines de la recherche : médecine, écologie scientifique (connaissances de l'écosystème marin), écologie (comment évolue l'écosystème face aux changements globaux) mais également la recherche sur l'évolution des espèces.

Par la génomique les scientifiques peuvent remonter le temps et voir l'évolution des gènes et ainsi parfaire les arbres de l'évolution. Sachant que les scientifiques utilisent encore les données de Darwin alors qu'il est revenu il y a plus de 150 ans, vous imaginez le temps que prendra l'utilisation de ces données !

Florence Roussel - © Tous droits réservés Actu-Environnement - http://www.actu-environnement.com/ae/news/romain-trouble-tara-expeditions-biodiversite-marine-plancton-24684.php4#xtor=AL-33?utm_source=twitterfeed&utm_medium=facebook

Ils nous font vivre mais nous les snobons

L'indifférence à son égard est quasi générale et pourtant, sans lui, nous n'aurions pas vu le jour. Le plancton, ensemble d'êtres microscopiques des mers, né il y a plus de 3 milliards d'années, possède bien des qualités pour devenir une égérie mais il est victime d’une grande ignorance à son égard.

Bulles air sous eau soleil

A l'occasion de la journée mondiale des océans ce 8 juin, France Nature Environnement s'est donc dit qu'il fallait bien leur rendre hommage. Lui, c'est le plancton marin, un terme qui désigne l'ensemble des micro-organismes vivants qui se laissent ballottés par les courants. Ils représentent 98 % de la biomasse des océans, sont composés de plusieurs dizaines de milliers d'espèces et possèdent bien des atouts pour qu'hommes et femmes se mettent enfin à les remercier.

Voici quatre exemples de leurs incroyables facultés.

1 – Un mangeur de carbone qui fournit 50 % de l'oxygène de la planète

Une partie du plancton et plus précisément le plancton végétal (appelé phytoplancton), se développe par photosynthèse. Il produit plus de 50 % de notre oxygène et consomme de grandes quantités de dioxyde de carbone. Il a ainsi stocké dans nos océans un tiers des émissions de CO2 produites depuis la révolution industrielle. Comment ? L'organisme se nourrit de carbone et atterrit en fin de vie dans les fonds marins. Il enterre avec lui le CO2 qu'il a stocké. Cette chute sur les fonds marin forme une pellicule appelée nécromasse. Celle-ci constitue donc un piège à carbone. Et la lente décomposition de cette nécromasse peut produire du pétrole.

 Seulement, après des milliers d'années, ce pétrole lui revient aujourd'hui comme un boomerang. En effet, l'utilisation effrénée de pétrole par l'humanité contribue à augmenter de façon inquiétante le CO2 dans notre air. Et puisque l'Océan en absorbe une partie, lui-même se met finalement à saturer : une acidification de ses eaux qui perturbe l'ensemble de l'écosystème marin.

Nuages oceans

2 – Un organisme qui permet la venue de pluies dans nos champs

Juste après sa mort, le plancton libère un gaz soufré, nommé le sulfure de diméthyle (DMS). En s’oxydant, cette molécule favorise grandement la formation des nuages au-dessus des océans. La vie du plancton est donc intimement liée à notre météo, dont les vents viennent en partie de l’Atlantique. Et là encore, l'augmentation des émissions de CO2 s'avère nuisible à cette fonction : des chercheurs du CNRS ont observé que face à une forte concentration en CO2, les émissions de molécules de DMS diminuaient.

3 – Le premier maillon de la chaîne alimentaire marine

Le plancton nourrit l'océan. Le schéma est un peu raccourci mais le plancton nourrit des organismes qui sont eux-mêmes mangés par de plus gros prédateurs jusqu'en haut de la chaîne alimentaire. L'homme aussi s'en nourrit : chaque Français consomme ainsi 35 kilos de poissons qui mangent du plancton ou des espèces s'en nourrissant. Sur terre comme en mer, toute la chaîne est interdépendante. Mais n'allez pas imaginer que les planctons ne servent de repas qu'aux plus petits : la baleine ou le requin pèlerin possèdent un régime alimentaire 100 % zooplancton (ou plancton animal).

Poissons oceans

4 – Il nous soigne.

40 millions de gènes. Ce ne sont pas moins de 40 millions de gènes microbiens, pour une grande part encore inconnus, que l'expédition Tara Oceans a récemment découvert et dénombré dans un échantillon de près de 35 000 espèces. Et cette richesse, au fil des découvertes, est utilisée en médecine pour élaborer de nouveaux remèdes.

Seulement, le plancton est à l'image des richesses de nos océans : un grand inconnu.

Un inconnu maltraité : rejets de déchets plastiques, acidification des océans, exploitation pétrolière off-shore, aquaculture à grande échelle, artificialisation des milieux côtiers… Les sources de stress que subissent les océans, sur le plancton et toute la biodiversité sont nombreuses. Eric Tabarly aurait-il raison  lorsqu'il affirmait que "La mer, pour les Français, c’est ce qu’ils ont dans le dos lorsqu’ils regardent la plage" ?

© FNE – France Nature Environnement - http://www.fne.asso.fr/fr/toutes-nos-actualites/actualite.html?cmp_id=37&news_id=14285

Ajouter un commentaire

Code incorrect ! Essayez à nouveau