23 juillet 2015

Des méduses pour capturer les nanoparticules

Une équipe de chercheurs français vient de découvrir que les méduses ont la capacité de piéger les nanoparticules synthétiques présentes dans l’eau. Une observation qui pourrait s’avérer rédemptrice à l’heure même où ces nanoparticules envahissent notre quotidien, jusque dans nos assiettes, sans véritablement alarmer le monde des décideurs…

Meduse mucus

Vous ne le savez sans doute pas, mais les nanoparticules envahissent notre quotidien depuis quelques années dans une opacité la plus totale. De plus en plus utilisés dans les produits du quotidien, même dans l’alimentaire, ces éléments infiniment petits peuvent s’insinuer jusqu’au cœur des cellules des organismes, ce qui rend leur traçabilité ou leur filtration très difficile. L’impact sur l’environnement et la santé n’est pas encore connu et leur effet cocktail encore moins.

Les méduses à la rescousse

Une fois n’est pas coutume, faute d’action préventive de la part du monde politique (libre échange oblige), la lutte contre les nanoparticules semblent se porter en aval de la consommation, au même titre que la dispersion du plastique dans les océans. Problème, ces particules sont tellement petites, inférieures à 100 nm environ, qu’elles sont pratiquement infiltrables. Une problématique de taille que les chercheurs tentent de résoudre notamment en s’inspirant des compétences naturelles de la nature. C’est ainsi que des chercheurs bordelais et marseillais vont mettre en évidence que le mucus de méduses pouvait constituer un filtre naturel capable de débarrasser les eaux des nanoparticules.

Turritopsis dohrnii

À l’origine de la découverte, la fabrication d’hydrogel artificiel capable de piéger les nanoparticules par l’équipe ChemBioMed du laboratoire InsermARN et des biologistes de l’Institut méditerranéen de biodiversité et d’écologie marine et continentale (IMBE). Le problème de ce matériau, c’est un prix particulièrement élevé qui empêche son utilisation pratique. C’est alors que Alain Thiéry et Fabien Lombard vont  se pencher sur l’alternative des méduses dont les propriétés bio-accumulatrices avaient déjà été observées. C’est ainsi qu’ils découvrent que ces méduses sécrètent un mucus particulier quand elles sont soumises à un stress. Un composé naturel qui va s’avérer capable de piéger les nanoparticules de l’eau.

« Ce mucus est composé d’un réseau très dense de molécules de type oligosaccharides et pectines, qui piège les nanoparticules et les retient. Elles s’y agrègent, précipitent et il est alors possible de les récupérer », explique Philippe Barthélémy sur le site de l’Inserm. Si les chercheurs ignorent à ce stade comment reproduire à grande échelle ce mucus, l’intérêt environnemental de ces méduses risque de rapidement de devenir essentiel, par exemple, au niveau des stations d’épuration. La bonne nouvelle, c’est que plusieurs espèces de méduses pullulent dans les océans et leur surnombre déséquilibrerait plusieurs écosystèmes marins.

Les nanoparticules, nouveau scandale éco-sanitaire en approche ?

À ce jour, les autorités baignent en pleine incertitude concernant les risques sanitaires des nanotechnologies. Au niveau européen, alors qu’une obligation d’étiquetage devait entrer en vigueur pour Noël 2014 (comme si les étiquetages chantaient quoi que ce soit), son application fut reculée sous la pression des lobbies industriels qui craignent une confusion chez le consommateur.

Les associations de consommateurs tirent la sonnette d’alarme. Elles pointent notamment du doigt l’utilisation du carbonate de calcium (E170), du dioxyde de titane (E171) (vinaigrettes, enrobage blanc des confiseries et chewing-gums) et de l’oxyde de fer dans l’alimentaire. De leur côté, les institutions européennes continuent de débattre pour trouver le compromis qui entachera le moins l’économie…

© Mr Mondialisation - Source : 60millions-mag.com / france3-regions.francetvinfo.fr / rse-magazine.com / inserm.fr

La pêche commerciale interdite dans les eaux de l’Arctique

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La zone internationale de l'océan Arctique est comprise entre les zones économiques exclusives des cinq pays riverains : les États-Unis, la Russie, le Canada, la Norvège et le Danemark. (Photo : DR)

États-Unis, Russie, Canada, Norvège et Danemark : ils sont cinq États à se partager la partie internationale de l’océan Arctique, une zone de 2,8 millions de km2, cinq fois la surface de la France métropolitaine. Ces pays se sont engagés à y empêcher toute pêche commerciale en l’absence de réglementation internationale en signant un accord à Oslo (Norvège) le 16 juillet.

Une petite partie seulement de ces eaux est soumise aux réglementations de la Commission des pêches de l’Atlantique nord-est. Cette mesure se veut d’abord préventive : « La pêche commerciale dans la partie internationale de l’océan Arctique n’est pas probable à court terme. Il n’est donc pas nécessaire d’y établir un régime de gestion (des ressources) à ce stade, a indiqué le ministère norvégien de la Pêche. Mais l’évolution doit être suivie de près, et les États côtiers ont donc convenu d’établir une coopération dans la recherche. »

En cause : le recul de la banquise, qui pourrait ouvrir la voie aux activités commerciales et suscite déjà bien des convoitises. Selon la fondation Pew Research Center, « 40 % de la zone internationale étaient libres de glaces en septembre 2012, année où la banquise a fondu à un niveau record ». Certains envisagent tout simplement une disparition totale de la banquise dans les prochaines décennies.

Cette même année, 2 000 scientifiques avaient appelé à la mise en place d’un accord de pêche international. L’ONG Greenpeace, de son côté, s’est félicité de cet accord, tout en déplorant que cette interdiction de pêche ne revête pas de caractère permanent.

© Le Marin - l’hebdomadaire de l’économie maritime

30 ans de mensonges dans les statistiques de pêche à la baleine

Selon une étude américaine, les chiffres déclarés entre 1948 et 1972 par le Japon seraient frauduleux.

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Une baleine de Minke (Balaenoptera) pêchée au nord du Japon © kyodowc108827.JPG k/NEWSCOM/SIPA

GUERRE FROIDE. La récente déclassification de documents russes, confidentiels pendant l’époque soviétique, a fait des remous jusque dans le monde de la biologie marine. Selon une étude américaine publiée à la mi-juillet 2015, les volumes de pêche déclarés par le Japon à la commission baleinière internationale (CBI) pendant la période de la guerre froide seraient tout simplement… incohérents. La fraude porterait à la fois sur la taille et sur le nombre des cétacés capturés.

11,6 m : la bonne taille pour une baleine

Créée en 1946 au sortir de la seconde guerre mondiale, la CBI réglemente la chasse à la baleine afin de contrôler les zones de chasse et la taille des individus tués. Elle impose ainsi une déclaration obligatoire des prises réalisées, et définit une taille minimale pour les femelles : pour pouvoir être tuées, celles-ci doivent mesurer plus de 11,6 m (ce qu’on appelle LSF, pour "legal sized female"). En effet, la capture de baleines encore adolescentes serait préjudiciable à la stabilité démographique de l’espèce.

Or dès 1948, les Russes ont triché, et ont tué près de 180.000 mégaptères sans les reporter à la CBI. L’inventaire précis des prises soviétiques, tenu secret à l’époque, a été récemment révélé. Avec un effet collatéral inattendu : celui d’incriminer l’ennemi d’alors, le Japon. En 1968 et 1969 par exemple, sur une même zone de pêche partagée par les baleiniers des deux nationalités, les marins japonais ont en effet déclaré à la CBI que 97,3% des prises étaient de taille LSF, soit donc autorisées à la pêche. Or, les données soviétiques déclassifiées indiquent pour leur part que seules 6,6% des baleines présentaient une taille suffisante ! De quoi alimenter les soupçons de supercherie : et si les Japonais avaient, eux-aussi, dissimulé leurs statistiques de pêche exactes ?

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Taille des baleines pêchées au Japon et en URSS avant et après 1972 / © Yulia V. Ivashchenko, Phillip J. Clapham

Inspection indépendante

Les déclarations russes et japonaises deviennent plus concordantes dès 1973, comme le montre le graphe ci-dessus. Troublant lorsqu’on sait que la CBI a imposé en 1972 des modalités d’inspection indépendantes : les pays doivent depuis faire expertiser sur place les dimensions des baleines abattues ! Pourtant, aujourd'hui encore, le Japon renâcle à autoriser des observateurs indépendant à bord de ses baleiniers. C'est ce que suggèrent certaines des sources de l'étude, allant jusqu'à parler "d'obstruction active" envers l'organisme de contrôle international. Cette affaire incite en tout cas à la plus grande prudence dans l'examen des chiffres historiques fournis par les pays à la CBI, sur la base du volontariat.

Sarah Sermondadaz - © Sciences et Avenir

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