News du 3 février 2015

269 000 tonnes de déchets plastique flottent sur l'océan

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Le Monde.fr - Par Pierre Le Hir

Les océans, qui couvrent 70 % de la surface de la planète, sont un immense dépotoir à ciel ouvert, où s'accumulent les déchets plastique de l'humanité. C'est le sombre tableau que brosse, dans la revue PLOS ONE (Public Library of Science) du 10 décembre, une vaste étude internationale (Etats-Unis, Nouvelle-Zélande, Chili, France, Afrique du Sud et Australie).

Elle livre, pour la première fois, une évaluation globale de la pollution de la surface de l'ensemble des mers par ces détritus. Les chiffres sont vertigineux : 269 000 tonnes constituées de plus de 5 mille milliards de particules de toutes tailles. Encore les auteurs soulignent-ils que leurs estimations sont « très prudentes » et peuvent être considérées comme un « minimum ».

L'amoncellement dans le milieu océanique de débris plastique flottants – fragments de sacs, bouteilles, bidons et autres emballages, mais aussi granulés industriels —, acheminés des terres par les vents et les rivières, ou rejetés en mer par les navires, est connu depuis la fin des années 1990.

De gigantesques zones de convergence, appelées « gyres océaniques », ont été découvertes dans le Pacifique Nord – un amas de 3,4 millions de km2 baptisé le « Great Pacific Garbage Patch », ou « grande poubelle du Pacifique » —, ainsi que dans le Pacifique Sud, l'Atlantique Nord et sud et l'océan Indien. Mais toutes les mers du globe sont souillées. « Les plastiques et microplastiques sont présents sur l'ensemble de l'océan mondial », constatent les chercheurs.

 

LES ZONES CÔTIÈRES « TRÈS AFFECTÉES »

L'équipe, conduite par Marcus Eriksen, du Five Gyres Institute de Californie, a assemblé, modélisé et analysé les données recueillies au cours de vingt-quatre campagnes océanographiques menées entre 2007 et 2013 dans les cinq zones de gyres océaniques, mais aussi près des côtes australiennes, dans le golfe du Bengale et en Méditerranée. Soit plus de 1 500 sites où les scientifiques ont prélevé dans leurs filets des échantillons, pour les plus petits débris, ou effectué des observations visuelles, pour les plus gros.

Ils ont pu ainsi quantifier la pollution au plastique, qui touche « toutes les zones océaniques, y compris les plus éloignées ». Il apparaît en effet que les déchets ne sont pas uniquement concentrés dans les grandes zones de convergence, où leurs densités sont « plus faibles qu'attendu », mais que des zones côtières sont également « très affectées », notamment en Méditerranée.

Autre phénomène mis en évidence : la très forte dispersion des débris, disséminés par les vents et les courants océaniques. Ainsi, les volumes de détritus flottants sont de même ordre dans l'hémisphère Nord et l'hémisphère Sud, alors que le premier, plus industrialisé, reçoit beaucoup plus de déchets. « Cela pourrait signifier que la pollution plastique se déplace plus facilement, entre les gyres océaniques et entre les hémisphères, qu'on le supposait auparavant », écrivent les chercheurs.

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OÙ SONT PASSÉS LES MICRODÉBRIS ?

Rapportée à la quantité totale de plastique produite dans le monde — 288 millions de tonnes en 2012 —, le volume des déchets dérivant à la surface des mers, un millier de fois moindre, « n'est pas très important », commente François Galgani, de l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer), cosignataire de l'étude. Cela signifie donc qu'il y en a « une beaucoup plus grande quantité dans les fonds océaniques ».

C'est davantage le nombre colossal de particules de plastique dérivant sur les flots qu'il juge préoccupant. Car, explique-t-il, celles-ci deviennent « autant de vecteurs qui peuvent favoriser un transport d'organismes marins – bactéries, pathogènes ou espèces invasives – sur de longues distances, avec des conséquences très mal connues à l'heure actuelle ».

Reste un mystère. Si les microdébris (d'une taille inférieure à 4,75 millimètres) représentent 90 % du nombre total de particules de plastique, ils sont pourtant 100 fois moins nombreux que ne l'imaginaient les chercheurs. Où sont-ils passés ? Plusieurs hypothèses sont avancées : dégradation par les rayons ultraviolets, biodégradation, ingestion par des organismes marins, coulés à pic, échouage sur les côtes…

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DES CENTAINES D'ESPÈCES MENACÉES

Ce qui est sûr, c'est que les plastiques, qui persistent pendant des centaines d'années, contaminent « tous les écosystèmes océaniques, y compris les organismes marins, le zooplancton et les espèces vivant dans les sédiments », rappelle Marcus Eriksen. Et qu'ils peuvent, ajoute-t-il, « concentrer les polluants organiques et altérer le fonctionnement des chaînes alimentaires ».

De précédentes études ont montré que les déchets plastique, fragmentés et brassés par les eaux, sont ingérés par plusieurs centaines d'espèces marines (tortues, poissons, oiseaux ou mammifères), provoquant blessures, empoisonnements et suffocations.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/12/10/269-000-tonnes-de-dechets-plastiques-flottent-sur-les-oceans_4538100_3244.html#RqZPk1lz2ogAgdFj.99

Le panda et le saumon

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Le panda et le saumon : la face sombre du WWF

http://www.crisla.org/spip.php?article255

Liens douteux avec des multinationales responsables de désastres environnementaux, promotion d’écolabels privés qui contrôlent l’accès au marché… voilà la face sombre du WWF, pointée par Alain Le Sann dans le bulletin Pêche et développement de décembre.

Il cite notamment l’enquête du journaliste allemand Wilfried Huismann. Même des membres de l’organisation reconnaissent un malaise face aux liens étroits qu’entretient le WWF avec les grandes multinationales. Sans nier la sincérité des salariés de l’ONG, « il constate simplement que les plus hautes instances du WWF négocient avec de grandes sociétés multinationales et les contestent de moins en moins, au point de couvrir et même de favoriser l’expansion de pratiques inacceptables ».

Exemple avec le partenariat signé en 2008 avec l’entreprise norvégienne Marine Harvest, pour promouvoir l’aquaculture durable suivant les canons de la certification ASC. Marine Harvest n’a pas appliqué dans ses élevages au Chili les standards de la Norvège en densité, usage d’antibiotiques… et est ainsi en grande partie responsable des épidémies qui ont dévasté l’industrie aquacole chilienne. « L’usage des antibiotiques est hors contrôle, 800 fois plus élevé qu’en Norvège et même 36 000 fois, selon un biologiste chilien. L’environnement marin est sacrifié, les fonds marins sous les cages sont en état d’anoxie (sans oxygène), les saumons échappés des cages ont modifié les espèces locales et la biodiversité. Les ressources qui faisaient vivre les pêcheurs sont détruites. »

Alain Le Sann y ajoute les liens entre le WWF et la certification MSC : « Le label ne vient que conforter des pêcheries déjà bien gérées. Certains parlent d’un racket, car il faut payer cher une certification qui est de plus en plus souvent exigée par la grande distribution. » La fondation Walmart, un des grands soutiens à cette politique, finance le WWF pour promouvoir ce label. « Les organisations de pêcheurs artisans ont pris fortement position contre ce type de labellisation lors de la rencontre de Bangkok en 2008. »

La face sombre du wwfLa face sombre du wwf (29.79 Ko)

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