Bar : pêcheurs normands et bretons se mobilisent

Ligneur, «mon métier repose intégralement sur le bar, écrit Pascal Hodierne à Ségolène Royal, aucune reconversion vers d’autres espèces ou techniques n’est possible». 2015 a été pour lui «la pire année de toutes» : des captures divisées par deux, et le changement radical de la taille minimale de débarquement de 36 à 42cm.

Pascal hodierne

Pascal Hodierne lance un appel au-secours avant le conseil des ministres de mi-décembre qui doit statuer des mesures sur le bar. (Photo : Département de Seine-Maritime, archives)

Le patron pêcheur de Fécamp Pascal Hodierne a écrit à la ministre de l’Écologie Ségolène Royal pour qu’elle défende les pêcheurs de bar face aux propositions européennes. La perte de chiffre d’affaires entre 2009 et 2016 risque d’atteindre 70 % pour les ligneurs normands, alerte le groupement Normandie fraîcheur mer, calculs à l’appui. Les professionnels doivent plancher le vendredi 4 décembre au Comité national des pêches sur leur stratégie. Le comité des pêches breton y proposera un moratoire de deux mois puis la pêche quasi réservée aux métiers de l’hameçon.

Ligneur, «mon métier repose intégralement sur le bar, écrit Pascal Hodierne à Ségolène Royal, aucune reconversion vers d’autres espèces ou techniques n’est possible». 2015 a été pour lui «la pire année de toutes» : des captures divisées par deux, et le changement radical de la taille minimale de débarquement de 36 à 42 cm. «Cette mesure me pousse déjà quasiment au dépôt de bilan !» Alors, la proposition de moratoire de la pêche du bar de janvier à juin 2016 «représente un arrêt de mort immédiat».

Il le rappelle, la ligne, «c’est la technique de pêche la plus douce et la plus écologique. Elle n’abîme pas les fonds. Elle permet de cibler spécifiquement le poisson recherché. C’est aussi la seule technique qui permet de rejeter à l’eau tous les poissons trop petits, vivants ! Et nous allons être les premiers à disparaître ? Quel beau paradoxe !»

«Intolérable, rageant, désespérant» pour Pascal Hodierne, qui oppose les prélèvements de la centaine de ligneurs, raisonnables, à ceux des chalutiers avec la pêche du bar sur frayères. «Que faut-il pour que vous nous entendiez ? Une grève de la faim ?» Pour les petits bateaux d’Audierne à Dunkerque, «ce moratoire est le coup de grâce». Le pêcheur demande à la ministre d’entendre cet «appel au secours» et de défendre les ligneurs et les petits métiers au conseil des ministres des 14 et 15 décembre.

Les Normands chiffrent l’impact

Les ligneurs de bar de Normandie ont fait leurs calculs. Avec le groupement Normandie fraîcheur mer (NFM), qui anime la valorisation de leur bar de ligne, ils ont chiffré l’impact des baisses de capture et des mesures pour les cinq à six ligneurs de bar vendant leur pêche en criée de Cherbourg.

De 2009 à 2016, en cumulant la baisse continue du niveau des captures (-20 à -25 % de chiffre d’affaires), le passage à la taille réglementaire de 36 à 42 cm depuis septembre 2015 (-15 à -20 % de ventes) et la fermeture de pêche proposée de janvier à juin (-45 à -50 %), les professionnels chiffrent «le risque d’une perte cumulée de chiffre d’affaires de 60 à 70%».

Exploitant des navires de 7 mètres environ en moyenne, ils dépendent à 100 % de la ligne et à 80 % du bar. «Tous les pêcheurs professionnels normands spécialisés sur la pêche du bar sont menacés, conclut NFM. L’emblématique et si recherché bar de ligne de Normandie pourrait alors disparaître des étals et restaurants…»

Les Bretons font des propositions

Le comité des pêches de Bretagne, réuni à Carhaix le 23 novembre sur le bar, soumet une proposition de mesures pour la réunion de la commission bar du CNPMEM du 4 décembre : deux mois d’arrêt biologique de la pêche au bar en février et mars, pour tous les métiers, en zone nord.

Et sur les 10 autres mois de l’année, 1,5 tonne par mois pour les métiers de l’hameçon et pour les autres métiers, autorisation d’une pêche accessoire dans la limite de 10 % des captures totales, plafonnée à 1 tonne par mois et par navire. Avec des contrôles renforcés pour éviter toute dérive. Et la pêche de plaisance soumise à la même fermeture de février et mars, et limitée le reste de l’année à un bar par jour et par personne.

Courrier à Ségolène Royal : Courrier a mme Royal (954.5 Ko)

Situation du bar de ligne de Normandie (avec graphiques et calculs) : Situation bar de ligne de normandie nov 2015 (239.52 Ko)

Communiqué de NFM sur le bar de ligne de Normandie : Cp 2015 bar de ligne de normandie (485.64 Ko)

© Le Marin – l’hebdomadaire de l’économie maritime

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